11 Janvier 1953
Le FC Sochaux-Montbéliard écrase
les Girondins de Bordeaux par 8 à 2
Journée 20 Division 1
Avant cette 20ème journée de championnat, le FC Sochaux Montbéliard, avec un match en retard, pointe à une correcte 7ème place (sur 18 participants) avec 9 points de retard sur le leader Reims et 5 sur les seconds, Lille et Bordeaux. Le FCSM n’a subi que 2 défaites sur les 12 derniers matchs.

Si les Sochaliens ont eu sur leur terrain une tâche relativement facile lors des matchs aller de cette saison 1952 1953, il n’en sera pas de même, par contre, pour les matches retour puisque quatre des cinq premiers, Reims, Lille, Bordeaux et Nîmes, doivent jouer au stade Bonal.
Le premier de ces quatre matchs ne sera pas le moindre et la très nette victoire obtenue par les Girondins aux dépens de Rennes (7 à 0), n’a pas manqué d’avoir impressionné à Sochaux qui n’a jamais été très à l’aise devant l’athlétique formation Bordelaise.
Pour ce match, Gaby Dormoy dispose de ses meilleurs éléments. Par ailleurs, le onze Sochalien vient de bénéficier d’un week-end entier de repos suite au report du match face au RC Paris. Au dernier moment, Paul Barret est préféré à Gilbert Bernardet. La moyenne d’âge de l’équipe est de 24 ans.
⭐️⭐️⭐️
Les Girondins de Bordeaux, de leur côté, restent sur une écrasante victoire face à Rennes par 7 à 0. A 5 points du leader, ils entendent bien conserver ou améliorer leur position. Cependant, on parle énormément de la Coupe de France à Bordeaux qui est un objectif du club. En 32èmes de finale, les « marine et blanc» rencontrent la semaine prochaine, Nice à Sète. A travers le match à Sochaux, il y a donc le désir de former l’équipe de Coupe qui mettrait en ligne les trois étrangers.
C’est dans cette optique que De Kubber a été réintégré et que Garriga a attendu d’être complètement rétabli avant de reprendre sa place au centre de la défense. C’est donc une reprise de la compétition avec pour objectif « la bataille de Sète ». Ainsi retouchée, l’équipe revient à sa formation des premiers matchs de la saison.
Le 11 Janvier 1953, les 2 équipes se présentent au Stade Bonal dans les compositions suivantes:
FC Sochaux: 1 Lorius, 2 Bravo, 5 Telléchéa I, 3 Barret, 4 Telléchéa II, 6 Marcel, 8 Muro, 10 Gardien, 7 Pardo, 9 Salzborn, 11 Regnier. Entr.: Dormoy.
Girondins de Bordeaux : 1 Villenave, 2 Meynieu, 5 Garriga, 3 Mérignac, 4 Galice, 6 De Kubber, 8 Kärgu, 10 Doye, 7 Persillon, 9 Abdesselem, 11 De Harder. Entr.: Gérard.
Le FC Sochaux Montbéliard joue en maillot jaune et les Girondins de Bordeaux en maillot bleu.
Le match débute à 15H00.
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Le Match
L’Auto
12 Janvier 1953
SOCHAUX. Tout arrivé en ce monde, même la victoire de David sur Goliath. C’est ce qui s’est produit hier au stade Bonal, où les mêmes Girondins qui avaient écrasé l’équipe rennaise il y a huit jours, ont connu à leur tour un sort peu enviable. Cette fois, 7 buts furent à inscrire à leur passif, et il y en eut même un huitième pour faire bonne mesure. Le champ de jeu, couvert d’une légère couche de neige, a certainement désavantage quelque peu les Bordelais plus lourds et par là moins prestes.
Néanmoins, ils n’eussent pu de toute façon redresser la barre et soutenir une cadence qui n’est pas la leur. En fait, nous sommes bien tentés de dire que les Girondins n’ont pas mal joué, à proprement parler ils n’ont pas joué du tout, parce que les Sochaliens ont monopolisé la balle, grâce à une vélocité, une promptitude, mises au service d’une technique très fouillée. Jouer vite et bien, c’est un idéal vers lequel doivent tendre tous les footballeurs, un idéal que précisément l’équipe de Sochaux atteignit hier.
Monologue sochalien
La 1ère mi-temps ne fut qu’un long monologue des Sochaliens enclins comme toujours aux départs en trombe. Alors que les Girondins glissaient tombaient et se laissaient surprendre à tous coups par les dribbles et les feintes, les hommes de Telléchéa étaient maitres de tous leurs mouvements. ce qui les rendait du même coup maitres de la situation et de leurs adversaires. Alyssa
Le jeu de massacre commença dès la 8ème minute, quand Salzborn, profitant d’une glissade de Garriga, réussit le premier but. Nous renonçons à faire la récapitulation de toutes les offensives et de tous les tirs auxquels Villenave dut faire face: il y en a vraiment trop. Aussi les Girondins n’eurent-ils pas trop à se plaindre de la cruauté du sort: la première mi-temps aurait fort bien pu se terminer par un score plus lourd que celui de 4-1. En fait de jeu à sens unique. c’était tout ce qu’il y avait de plus réussi. A la 39ème minute, disons-le vite, Salzborn qui avait été blessé à la hanche, s’en était allé se faire soigner.
Après la pause, il reparut, mais en boitant. Avec un avant centre à demi impotent. l’équipe sochalienne. qui avait apparemment brûlé la chandelle par les deux bouts, n’était-elle pas vouée à la défaillance ? Elle peina en effet pendant un quart d’heure. mais pour reprendre le jeu ensuite à un train d’enfer quand elle eut retrouvé son deuxième souffle. Si bien que le but marqué par Abdessèlem à la 52ème minute fut pour les Girondins le chant du cygne.
Football extra-rapide
Bien que le jeu fût plus équilibré alors que pendant la première période. 4 nouveaux buts vinrent s’ajouter au tableau de chasse dé Regnier, Gardien et Salzborn : le 7ème but fut acquis apparemment sur hors-jeu de Salzborn; mais à quoi bon ergoter ?
Ce qui reste et reste bien, c’est que l’équipe de Sochaux a fait pendant 75 minutes une démonstration éclatante d’un football extra- rapide et cependant précis. simple et cependant très étudié. Ce qui l’apparente aux équipes de Nancy et de Metz qui ont opéré dernièrement dans le même style contre Lille, mais en perdant pied assez rapidement, ou en s’efforçant simplement de durer.
Certes, la corpulence des Girondins les prédisposaient dimanche au rôle de victimes. Répétons néanmoins que l’équipe de Gallice n’est coupable dans son ensemble que d’avoir trouvé devant elle des adversaires trop véloces et trop mobiles pour elle Et que faire sous l’ouragan ? Encore l’ouragan est-il aveugle, alors que tous les mouvements des Sochaliens, si rapides qu’ils fussent, étaient conçus. orientés et exécutés avec une véritable maitrise.
Le succès fût pour une bonne part l’œuvre des Telléchéa frères et de Marcel, impeccables tous les trois. Néanmoins, la ligne d’attaque méritait plus a éloges encore pour l’aisance étonnante et presque désinvolte avec laquelle elle ‘infiltra dans le réseau défensif Bordelais.
Mauvais marquage
Pour une fois, le marquage approximatif qui est le propre des défenseurs girondins a porté avec lui sa punition. Salzborn a contribué puissamment au succès en se portant d’une aile à l’autre. Carriga ne le suivant pas dans ses évolutions, Salzborn eut beau jeu alors pour toucher au but. Gardien, remarquable d’allant et d’en- train, Régnier irrésistible, Muro très astucieux, mais trop enclin à garder la ballé, s’entendaient à merveille pour mystifier les défenseurs girondins. Seul Parco ne participa guère aux réjouissances. Et quand un seul avant sur cinq laisse à désirer, c’est quand même une réussite exceptionnelle. On a vu en tout cas que la jeunesse et la mobilité, ne sont pas incompatibles avec l’habileté et l’expérience.
Meilleurs joueurs : les deux Telléchéa, Salzborn, Gardien, Muro, Régnier pour Sochaux; Meynieu De Kubber, pour les Girondins.
La feuille de Match
Le 11 Janvier 1953 à Sochaux, victoire 8 à 2 Girondins de Bordeaux, championnat D1 J20
Stade Auguste Bonal
8.371 spectateurs
Recette 1.821.730 fr.
Arbitre: M. Harzic
FC Sochaux: 1 Lorius, 2 Bravo, 5 Telléchéa I, 3 Barret, 4 Telléchéa II, 6 Marcel, 8 Muro, 10 Gardien, 7 Pardo, 9 Salzborn, 11 Regnier. Entr.: Dormoy
Girondins de Bordeaux: 1 Villenave, 2 Meynieu, 5 Garriga, 3 Mérignac, 4 Galice, 6 De Kubber, 8 Kärgu, 10 Doye, 7 Persillon, 9 Abdesselem, 11 De Harder. Entr.: Gérard.
Buts pour Sochaux: Salzborn (8’, 71’, 84’), Marcel (13’), Gardien (27’ et 89’), Régnier (36’ et 63’)
Buts pour Bordeaux: De Harder (45’), Abdesselem (52’).
A l’issue de la rencontre, le FC Sochaux-Montbéliard grimpe à la 5ème place, à 8 points de Reims mais toujours avec 1 match de retard à jouer. Les Girondins de Bordeaux rétrogradent à la 3ème place.

Au final, le FC Sochaux-Montbéliard terminera vice Champion de France, à 4 points du Stade de Reims. Les Girondins de Bordeaux, éliminés par Nice en 32èmes de finale de la Coupe de France, termineront 3èmes du championnat, à 1 point du FCSM.
Les réactions
Chabrier: «Sochaux ne m’a pas étonné»
Fortuné Chabrier, directeur sportif de Sochaux, était très content. bien entendu, mais pour lui, qui sait que son équipe se comporte très bien chaque dimanche, il n’était pas tellement surpris.
Notre équipe, dit-il, a bien joué; mais ne croyez pas que c’est la première fois. Si elle n’a pas toujours marqué 8 buts, elle a, chaque dimanche, un comportement identique, et je suis heureux de rendre hommage pour cela à l’entraîneur Gaby Dormoy qui a métamorphosé l’équipe.
Gaby Dormoy, entraîneur du FC Sochaux Montbéliard:
Grâce à ses qualités de jeunesse, l’équipe de Sochaux commence tous ses matches à cent à l’heure; elle prend ainsi un avantage plus ou moins net. Après quoi, elle a un temps mort de quelque durée, puis, une fois qu’elle a récupéré, c’est à nouveau une flambée qui met l’adversaire en grande difficulté.
Les choses se sont passées ainsi depuis six dimanches. Et tous nos adversaires, qu’ils fussent de Sète, de Saint-Etienne, de Roubaix ou de Marseille, ont été pris en défaut par la rapidité de notre jeu.
La victoire de dimanche n’est donc pour moi une nouveauté que par son ampleur même. Pour le reste, elle est surtout encourageante parce qu’elle nous donne raison en ce qui concerne le recrutement. Au lieu d’engager à prix d’or des vedettes sur le retour, nous comptons sur des jeunes qui terminent leurs classes dans l’équipe des Lionceaux et sont prêts de bonne heure à relever le flambeau.
Dans la formation qui a battu les Girondins, la moyenne d’âge était de vingt-trois ans. C’est tout dire. Et celle qui a eu raison des Sétois, dernièrement, était encore plus jeune. Par une sorte de déformation assez curieuse, nous en venons inconsciemment à considérer les joueurs de vingt-six ans comme des vieillards.
Je considère, pour ma part, que mon rôle est de tirer le meilleur parti des qualités de jeunesse de mes hommes. Pourquoi, en effet, attendre que leur vitalité soit émoussée ? Le football est d’ailleurs pour moi un jeu d’inspiration que l’on ne peut mettre en équation.
La progression rapide par simples déviations de balle avec exclusion de dribbles et de feintes superflus constitue la base de mon enseignement. Seuls, Marcel, toujours enclin à dribbler sans mesure, et Muro, qui n’est pas Sud-Américain pour rien, me donnent un peu de mal. En ce qui concerne Muro, j’ai même du le laisser sur la touche pendant trois dimanches pour lui faire comprendre que je n’appréciais pas du tout ses exercices de haute école.
Me demandez-vous si la tactique a du béton fait partie de notre bagage ? Je réponds bien vite par la négative. Le cas échéant, un attaquant se replie, mais nous n’allons pas plus loin.
Laurent Di Lorto, désormais commerçant à Montbéliard, a beaucoup apprécié le jeu de ses jeunes émules.
Dans la rencontre de dimanche, les joueurs de Sochaux ont égalé dans un genre différent leurs aînés de la période glorieuse.
André Gérard, entraîneur des Girondins de Bordeaux:
Il ne s’agit pas de discuter le résultat car sur le vu du match, la défaite est logique. Quitte à vous surprendre, je peux dire, qu’avec un peu de chance de part et d’autre, le score eût fort bien pu se terminer sur un 10 à 5.
Il n’en demeure pas moins que ce fut une rencontre exceptionnelle, disputée dans des conditions anormales, en dépit de toutes les pré- cautions que nous avions pu prendre : reconnaissance du terrain, grands crampons…
Tous nos poids lourds furent en déséquilibre presque constamment. Et comme l’équipe sochalienne est infiniment plus légère que la nôtre, elle put mieux s’adapter. En conclusion, nous étions presque réduits au rang de spectateurs. Nous aurions préféré, et de beaucoup, trouver de la boue à Sochaux, car, à ce moment-là, c’est nous qui aurions eu l’avantage.
Considérations
Face à de redoutables Bordelais, les Sochaliens ont obtenu de manière éclatante la consécration de leurs progrès. Si le score peut apparaitre lourd pour l’équipe Girondine, il exprime bien, cependant, la qualité offensive du jeu de Sochaux. Ce jeu fut enthousiaste.
Certes, les Bordelais parurent handicapés par le léger enneigement d’une pelouse gelée au cours de la nuit, mais le mérite n’en est-il pas plus grand pour Sochaux d’avoir pris des risques et d’avoir, en conséquence, imposé une cadence de jeu nettement. plus rapide que celle du redoutable visiteur du stade Bonal ?
Bordeaux s’est trop reposé sur sa solidité athlétique et n’a rien pu contre la mobilité de l’attaque mais aussi de la défense locale. Les Sochaliens se sont montrés beaucoup plus rapides dans l’attaque du ballon, beaucoup plus souples dans leurs actions avec une perpétuelle volonté d’aller de l’avant. Mention spéciale à Edouard Salzborn, blessé peu avant la mi-temps, auteur malgré tout d’un triplé.
Le festival que Sochaux a offert à ses difficiles supporters couronne la politique des jeunes entamée depuis 1949 via l’opération Lionceaux qui se poursuit sous les meilleurs auspices sous la direction de Fortuné Chabrier.