Henryk Gundolf est né de parents Alsaciens, le 22 Mars 1917 à Francfort-sur-le-Main, au centre de l’Allemagne. Très tôt, il se passionne pour le football et commence son apprentissage au Rot-Weiss Frankfurt au poste d’ailier gauche.
A 18 ans, il est titulaire en équipe première. Il est décrit comme un footballeur de taille moyenne mais trapu, solide sur ses jambes, et bien proportionné, possédant une grande qualité de centres. Il dispute 3 saisons pleines.
A 20 ans, au seuil de sa majorité, il doit choisir sa nationalité : Allemande ou Française. Il opte pour la seconde. La famille Gundolf rentre s’installer en France, à Guebwiller.
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En Janvier 1938, il est incorporé au 35ème R.I de Belfort afin d’effectuer son service militaire. Il signe une licence amateur à l’US Belfort où il brille tant qu’il est sélectionné en équipe de France Militaires dès Mars. Il s’illustre à chaque rencontre.




Cette ascension fulgurante n’échappe pas au FC Sochaux Montbéliard, qui, fin Mai 1938, propose à Gundolf un essai lors d’un match amical face à Lausanne Sports. L’essai est concluant et en Juin, le FCSM, tout frais Champion de France, lui propose un contrat professionnel, versant, à cette occasion, une belle indemnité à l’US Belfort.
Gundolf ne parle que l’Allemand et son adaptation est laborieuse. Il éprouve également des difficultés à adopter le rythme et les exigences du métier de footballeur professionnel. Du coup, il est cantonné à l’équipe réserve qui dispute la Coupe Herlory, championnat régional des équipes réserves.
Alors que le club végète à l’avant dernière place du classement de Division 1, Conrad Ross lui donne sa chance, le 11 Novembre 1938, pour la réception de Metz. Hélas, il est très décevant. Ce sera son seul et unique match officiel avec l’équipe première. Il se contentera de remporter la Coupe Herlory après la victoire en finale du FCSM sur le FC Metz.
La feuille de Match
Stade de la Forge
4.000 spectateurs
Arbitre : Louis Poissant
FC Sochaux Montbéliard: Di Lorto; Cazenave, Mattler; Plesiak, Hug, Germain: Sarrieux, Lauri, Courtois, Williams, Gundolf
FC Metz: Kappé; Nock, Zehren; Liserio, Fosset, Marchal Rohrbacher, Lauer, Muller, Bakhuys, Weisskopf
But FC Metz: Bakhuys 28′
Le Match
L’équipe
12 Novembre 1938
SOCHAUX.
Rencontre vraiment « bien décevante que celle qui opposa, au stade de la Forge, Sochaux à Metz. Oh on n’attendait évidemment pas, malgré la rentrée tant désirée de Courtois, un miraculeux redressement. Mais on ne s’attendait pas non plus à voir Metz s’imposer aussi péniblement en face d’une formation fantôme comme l’est devenue celle de Sochaux.
Les Messins déçurent profondément, et surtout en attaques. Les six buts de dimanche dernier ne s’expliqueraient donc que par la médiocrité des Antibois qui les encaissèrent? Car, en fait, Di Lorto n’eut vraiment pas beaucoup de travail difficultueux, moins, serait-on tenté de dire, que Kappé qui, pourtant, ne fut jamais mis sérieusement à l’ouvrage que par le seul Courtois.
Défense serrée, impitoyable mais confuse, de part et d’autre. Trois arrières à Metz, deux ultimes défenseurs à Sochaux, mais deux défenseurs qui, repliés à l’extrême, suffirent toujours pour fermer la porte à la dernière seconde aux assaillants lorrains. Cette double tactique négative ne pouvait rien donner de très brillant, on s’en doute…
Encore fallut-il que Courtois secoue, se démène avec une ardeur qu’on ne lui connaissait plus depuis longtemps pour donner quelque éclat à autre à la partie.
Autre déception : Fosset ! Fosset au sein de ce système défensif qui lui était familier, fut vraiment trop souvent passé par un Courtois sans appui, réduit à jouer les francs-tireurs…
Non, décidément, nous avons vu un mauvais Sochaux, cela nous le savions mais nous avons vu aussi un mauvais Metz.
Pourtant, les Lorrains ont des individualités parfaites, brillantes même pourtant, leur défense, dans laquelle Kappé s’est énormément amélioré, est solide à souhait. Mais il ne se bâtit pas grand chose de cohésif là-dessus et les avants ont vraiment trop de peine à conclure.
A Sochaux, c’est bien pis. Il n’y a pas de demis. Comment a-t-on pu penser que Hug serait un pilier & classe? Et il n’y a guère beaucoup d’extérieurs non plus. Je me trompe, il y en a un au moins: Lauri. Il joue à l’inter.
Hélas! où est le brillant Sochaux des années passées? Il ne reste que la vieille garde, cet indestructible trio arrière duquel il n’y a, Dieu merci, à dire que du bien.
Le seul but de cette médiocre parti fut marqué à la vingt-huitième minute de la première mi-temps par Bakhuys qui reprit de la tête un coup de col botté par Rohrbacher.
La recette s’éleva à 35.000 francs.

En fin de saison, Gundolf est placé sur la liste des transferts. Après d’âpres discussions, il est cédé au Stade de Reims. Avec ce club, il ne disputera que 2 matchs en fin de saison 1940. Après quoi, son contrat sera résilié et il rejoindra le FC Guebwiller.

Plus grave, par ordonnance du 25 août 1942, les jeunes Alsaciens sont contraints de servir l’armée Allemande. Ainsi, Henryk Gundolf fait partie des 103 000 Alsaciens qui sont incorporés de force et qui seront baptisés les «malgré nous» .La plupart d’entre eux furent affectés dans la Wehrmacht, mais de nombreuses classes furent versées d’autorité dans la Waffen-SS dont les divisions comptaient les plus grosses pertes lors des combats.
Se méfiant des «malgré nous» et craignant principalement leur désertion, les Allemands décidèrent de les envoyer sur le front Russe. On ignore le parcours militaire de Gundolf mais il est déclaré tué au front, en Roumanie, le 30 Août 1944.
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Conformément à l’article L.488 alinea 10 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, la mention « Mort pour la France » est inscrite à l’état civil des Alsaciens incorporés de force dans l’armée Allemande et tués au front sous son uniforme. Cette décision est cependant subordonnée à une enquête de gendarmerie sur les conditions de l’incorporation dans l’armée ennemie. Dans le cas de Gundolf, il fut établi qu’il avait bien été incorporé de force.

Considérations
Henryk Gundolf n’aura pas laissé une grande trace dans l’histoire du FC Sochaux Montbéliard mais son unique titularisation en match officiel en fait le second joueur Sochalien, après Joseph Hillier, à être tué lors de la seconde guerre mondiale. Il repose au cimetière communal de Guebwiller. Il n’avait que 27 ans.
